Méditation du 1er dimanche de l’Avent – Année B
Mc.13/33-37 - « Veillez ! »
« Simon, tu dors ? Tu n’as pu veiller une seule heure avec moi ? Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation, car l’esprit est ardent mais la chair est faible » (Mt.26/41). Ces paroles de Jésus prononcées au soir de son Agonie résonnent particulièrement dans le texte d’aujourd’hui. Aurons-nous le courage et l’audace de veiller en attendant son Retour ? Il est parti en voyage et nous ne savons pas quand il reviendra. Deux mille ans d’attente, déjà, c’est long ! Comment ne pas se décourager ?...
C’est qu’il nous faut, pendant ce temps de veille, agir et porter les fruits qui feront éclore le Royaume. Il ne s’agit pas d’une veille passive, mais d’une veille qui travaille à notre sanctification. Les temps sont longs parce que nous ne sommes pas prêts, voilà tout ! C’est uniquement cela qui retarde la venue du Seigneur. Saint Paul l’espérait proche ce Retour : dans sa fougue de nouveau converti, il ne réalisait pas notre lenteur à croire, il sous-estimait le rude combat que Satan allait mener contre les amis du Christ tout au long des âges (Phil.4/5). Nous le savons : s’il y eut des âmes intègres, fidèles jusqu'au sang, il y eut des traitres et des renégats, des corrompus et des dévoyés, au cœur même de l’Eglise !…
« Tenir », le maître-mot, en ce monde hostile, « veiller » en gardant sa lampe allumée aux réalités célestes ; faire descendre peu à peu les clartés du monde d’En Haut sur le sol de notre Terre assoiffée de vérité, de beauté et de bonté… Il y va de notre engagement à la suite du Christ. « Je suis venu pour que mes brebis aient la vie, dit le Seigneur, et qu’elles l’aient en surabondance » (Jn.10/10). Le Seigneur ne va pas faire le travail tout seul : il a besoin de nos bras, de nos jambes, de notre voix… pour rétablir le monde dans sa vocation première.
Qu’adviendra-t-il si nous ne veillons pas ? Si nous cessons de croire et d’aimer, de distribuer cet Evangile qu’il nous a enseigné. La nuit deviendra plus noire encore, et le jour tardera d’autant plus à se lever. Deux mille ans déjà ! Alors que le Seigneur ne demande qu’à venir ! Il en a grande hâte… Sera-ce le soir, au milieu de la nuit, au chant du coq, ou à l’aube ? Lui même ne peut le dire, parce que cela dépend de nous. A nous de dissiper cette longue, longue nuit, par la lumière qu’il nous dispense.
Les Romains divisaient la nuit en quatre veilles correspondant à la relève des soldats. Où en sommes-nous ? Au chant du coq ? A l’aube, espérons…
En quittant les lieux, le Seigneur a demandé au portier de veiller. Quel est-il ce portier ? On pense assez naturellement au Pape. Il y avait (avant Vatican II) dans les ordres mineurs qui préparaient au Sacerdoce, l’ordre de « portier ». C’était le premier de tous, suivi de celui de lecteur, puis d’exorciste et d’acolyte. Viennent ensuite les ordres majeurs – conservés - du sous-diaconat, du diaconat et enfin du sacerdoce. Quel rôle tenait donc ce portier ? - Comme le mot l’indique, celui de veiller aux portes, de les ouvrir ou de les fermer, d’en chasser éventuellement les « loups », de garder les lieux de culte. On lui remettait les clés de l’église : tout un symbole ! Les sacristains de notre époque jouent ce rôle, rôle spécifié par le Seigneur lui-même, remarquons-le. « Tu ne feras pas entrer chez toi l’incirconcis (de cœur) et l’impur » (Is.52/1 ; Deut.23/10). Il s’agit de garder l’intégrité de la foi, afin que les clés ouvrent un jour sur le Royaume. Oui, on peut dire que « Pierre » est le 1er portier du Christ, à qui le Seigneur a confié ces clés. « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. » (Mt.16/19) Mission fondamentale.
« S’il arrive à l’improviste, qu’il ne vous trouve pas endormis ». S’il arrive ainsi, c’est que nous ne l’attendons pas. L’Eglise serait-elle assoupie comme les vierges sages et folles de la parabole ? Qui veille ? Qui progresse en sainteté ? Qui demeure vigilant face aux séductions du monde ? Qui résiste aux ruses de l’Adversaire ?... Un petit « reste », comme dit la Sainte Ecriture (Rom.9/27).
« Il faut cependant qu’il règne et que tout ses ennemis soient mis sous ses pieds et le dernier ennemi vaincu sera la mort ». (1 Cor.15/25) Il est venu pour cela précisément : supprimer les sentences portées sur la faute, et restaurer le Royaume du Père, pour que tout homme soit à nouveau « fils de Dieu ». Il reviendra pour inaugurer ce Règne : « règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix », chante la préface de la messe du Christ-Roi. La paix, remarquez-le, n’arrive qu’à la fin : elle ne peut tenir que dans ce cadre de vérité et de sainteté.
Veillons et pratiquons, non seulement les œuvres de miséricorde, mais les œuvres de la foi, en accueillant sur nous-mêmes et sur nos enfants la Paternité de Dieu, comme Marie a su le faire.
Marie-Pierre