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Méditation partagée de Marie-Pierre pour le Dimanche 13 septembre 2020- Mt 18/21-35- Le débiteur impitoyable

 

 

Méditation du dimanche 13 septembre 2020

Mt.18/ 21-35  -  Le débiteur impitoyable

 

« 70 x 7 fois ! » = 490 fois. Allez-y ! Pardonnez à votre frère selon les données de cette jauge. Au bout de la 20ème fois, vous ne compterez déjà plus ; autant dire en langage direct : « Pardonnez toujours ». Mais attention ! Le texte parallèle de Luc précise bien : « à celui qui se repent » (Lc.17/3-4), comme on le voit d’ailleurs dans la parabole de ce jour. Il ne s’agit pas d’encourager le mal. En proposant 7 fois, chiffre qui, chez les Juifs, évoque la plénitude, la perfection, Pierre estime qu’il couvre déjà au maximum. Eh bien non ! Il doit être bien étonné de la réponse du Christ.

 

Rappelons-nous : Lorsque Caïn eut tué son frère et qu’il craignit la vengeance, Yahvé lui dit : « Si quelqu’un tue Caïn, Caïn sera vengé 7 fois » (Gen.4/15). C’était, dans ce terrain de violence, un appel à la vigilance : on ne tue pas impunément. La chose va s’amplifier encore avec Lamech, mille ans plus tard, qui dira : « Caïn était vengé 7 fois, mais Lamech 77 fois. » (Gen.4/24). Et aujourd’hui on dit : « Lamech était vengé 77 fois, mais Poutine, Macron, ou Trump…  seront vengés par la bombe atomique. Amplification dramatique. Depuis, nous sommes sous le règne de la « fausse paix », par l’équilibre de la terreur.

 

 « Lamech sera vengé 77 fois, mais toi, tu pardonneras 70 x 7 fois ». Le Seigneur fait encore monter les enchères, mais en se plaçant dans l’autre camp : celui des fils de Dieu, dont la logique est inverse. Eux répondent à la haine par l’amour, à la vengeance par le pardon. Bascul complet.

 

Le pardon… Comment une société fraternelle, comment l’Eglise, pourrait-elle tenir sans le pardon ?... La nature humaine étant ce qu’elle est, rebelle et révoltée depuis la chute originelle, rien ne pourra se construire de durable sans l’accueil et l’écoute mutuels.

 

10 000 talents : une somme considérable que devait ce fonctionnaire du roi à son maître ! Un talent valait 6000 drachmes, faites le calcul ! La drachme grecque était équivalente au denier romain. Le Christ sera vendu pour 30 deniers… Lui en avait 60 millions ! Le premier mouvement du roi est de contraindre à rembourser. Ce n’est là que justice : il a pris, il doit rendre. Comment rendre ? La somme est énorme, il ne pourra jamais !… Le maître le sait bien, mais il attend de lui un geste, une prière ; une attitude d’humilité et de supplication… Ce n’est qu’à cette condition qu’il obtiendra miséricorde. Et de fait, il l’obtient.

 

Grande leçon pour nous ! Notre dette envers Dieu est énorme, monstrueuse même, irrémissible sans le secours de la Grâce. « Nous sommes nés, disait saint Anselme, privés de toute justice et de tout bonheur ». Pourquoi cela ? direz-vous. Parce que nous avons offensé Dieu dans sa paternité…  Qui mesurera en effet l’abîme qu’il y a entre un fils de Dieu et un fils d’Adam ? Seul un cri vers le Père pourra nous rendre juste à ses yeux et la joie de vivre.

 

Le voici donc ce serviteur délivré d’une terrible dette, comme lavé d’une eau pure. Remit à neuf. Nous-mêmes après le sacrement du pardon.

 

Combien de fois le Seigneur nous a-t-il pardonné ?...

 

Mais voici qu’en sortant, il rencontre l’un de ses débiteurs : « Rembourse ta dette ! » 100 deniers… Une bagatelle en comparaison ! Mais il n’a pas le sou. Alors lui aussi implore : « Prends patience envers moi et je te rembourserai tout ». Vu la modique somme, sûr qu’il pourra rembourser, le temps aidant. Voyez le mauvais cœur de ce fonctionnaire qui, sitôt, le fait jeter en prison. Lui avait imploré grâce, d’un cœur feint, en jouant l’hypocrite. Délivré de sa dette, il est resté le même homme, aussi mauvais après qu’avant. Attention ! Le pardon du péché n’est pas un simple toilettage comme on le fait des petits chiens que l’on amène à la coiffure, mais un engagement réciproque entre Dieu et sa créature. Un changement de vie. « Je promets, avec le secours de la grâce, de ne plus recommencer et de faire pénitence ». Sans quoi, trop facile et totalement inefficace.

 

La preuve : regardez la fin de l’histoire. Dénoncé comme ingrat et méchant, il finit, ce faux dévot, en prison. Il n’a rien gagné, il a tout perdu. « Mon père, je m’accuse de… je m’accuse de… pardonnez-moi… », mais si je reste de marbre envers mon débiteur, cela ne me sert de rien.

 

Le Père t’adopte pour fils, gracieusement, et toi tu ne pardonnerais pas à ton frère qui vient vers toi contrit ?...

Allons, allons !

Marie-Pierre

 

 

 

 

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