Méditation du 28ème dimanche – Année A
Mt.22/1-14 - La parabole des noces
« Et incarnatus est »… « Et il s’est fait chair »… Les voilà les Noces royales du Fils avec l’humanité ! Dieu épouse la chair humaine, mais attention, la vraie ! celle qui est indemne du péché. « En tout semblable aux hommes, hormis le péché », dira l’épître aux Hébreux (4/15). Lui qui fut conçu du Saint Esprit, est né de la vierge Marie, scelle ses noces, l’Incréé avec le créé, le Fils du Père éternel avec la créature. Qui ne se réjouirait de cette alliance du divin à l’humain ? Qui ne voudrait participer à ce festin de noces ?
En Jésus la nature humaine est restaurée dans sa beauté et sa grâce, intacte de toute contagion. « Et il grandissait, nous dit l’Evangile, en sagesse et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (Lc.2/52). Lui qui s’appelait lui-même « le fils de l’homme » révèle à nos yeux ébahis ce qu’est l’homme lorsqu’il est dégagé de toute entrave du péché, immaculé dans sa conception. Une révélation ! celle qu’ont perçue les bergers et les mages lorsqu’ils sont venus l’adorer, celle qu’ont vue Pierre, Jacques et Jean, sur la sainte montagne lorsque son visage devint aussi brillant que le soleil. La gloire de la génération sainte !
Mais hélas, les hommes ne sont pas prêts. Il y eut cependant de fidèles serviteurs, tels les Prophètes, et plus tard les Apôtres, qui ont sonné de la trompette disant : « Venez aux noces ! Tout est prêt ! On vous attend ! » Que nenni ! Pris dans le ronron de leur quotidien, les yeux rivés sur leurs biens terrestres, qui son champ, qui ses bœufs, qui sa femme (Lc.14/16s)… qui son compte en banque, qui son portable, qui ses loisirs… qui sa pitance, qui son gîte, qui son souci… ils ne voient pas en Jésus le fruit de la génération nouvelle qui seule peut les conduire au Royaume.
Jésus le dit à Nicodème, venu le trouver discrètement, au clair de lune : « Nul s’il n’est engendré d’En Haut ne peut voir le Royaume de Dieu ». « Naître d’En Haut » » : pour nous, déjà nés, ce n’est plus possible, mais « re-naître », oui ! Renaître de l’eau et de l’Esprit : ce que Jésus enseigne à Nicodème, ce « maître en Israël » qui ignore ces choses, à la stupéfaction du Christ. Qu’a-t-il appris dans les écoles rabbiniques s’il n’a pas perçu le problème de la chair déconnectée de l’Esprit de vie ? Et si le maître ne sait pas, comment les fidèles apprendront-ils ?...
Invité au banquet, Israël a traîné les pieds, et pis que cela : dérangé dans ses « habitus », soudoyé par l’Esprit Malin (Jn.14/30), elle a supprimé l’Epoux. Il avait commencé son ministère par des noces, celle de Cana, prophétiques des siennes, où avait coulé un vin exquis, le bon vin de la vigne du Seigneur. Ce bon vin, ils le changeront en sang sur l’autel de la Croix… Dès lors, et le Seigneur le laisse entendre ici, Jérusalem sera prise et son temple consumé dans les flammes, un certain 8 septembre de l’an 70.
Ressuscité à la droite du Père, revêtu de son corps de gloire, Jésus invite toujours à ses noces éternelles. Viendront-ils les nouveaux invités à son banquet céleste ? Oui, il y en a beaucoup de par le monde, grâce au témoignage de ceux qui lui sont restés fidèles. Ils entrent dans la salle de noces revêtus de la robe baptismale, re-nés de l’eau et de l’Esprit, agrégés à la filiation divine du Christ, devenus par grâce les enfants bien-aimés du Père et les frères de Jésus-Christ. Ont-ils compris ce à quoi les engageait leur nouvelle naissance ? Pas sûr… D’autres se sont introduits sans même avoir revêtus la robe baptismale. Un comble ! Ils ont souillé l’héritage au risque de le corrompre.
Il en est un, ici, dans la parabole, qui va se faire « remonter les bretelles ». « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noces ?... » Mon ami, le terme exact est « compagnon » : celui avec qui on partage le pain. Il n’est pas digne du pain de Dieu. Il n’a fait aucun effort de conversion. Comment pourrait-il goûter aux fruits du Royaume ? Comment peut-il être compté parmi les enfants bien-aimés du Père ?...
Et regardez-le : au lieu de faire acte de repentance, il garde le silence. Il ne s’amende pas, il reste stoïque. Alors la sentence tombe inexorable : il ne peut avoir part au banquet des noces de l’Agneau. Et le Seigneur poursuit : « Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus ».
Grave avertissement, tant pour Israël que pour l’Eglise ! Chacun est donc invité à poser un acte libre face au comportement nouveau qu’implique la foi en Jésus-Christ ? Suis-je prêt à entrer dans la génération du Christ ?... Suis-je prêt à m’engager dans cette voie royale qui conduit au Royaume et à la réalisation des promesses ?... (Jn.8/51)
Voici les questions que je dois me poser.
Marie-Pierre