Méditation du 32ème dimanche – Année A
Mt.25/1-13 - La parabole des dix vierges
Cette parabole fait suite au chapitre 24 de saint Matthieu, dit « eschatologique » : annonce des événements assez terrifiants qui précéderont le Retour du Christ. Déterminé à l’avance tout cela ? Non pas ! mais en raison du refus de l’humanité : elle ne veut pas de son Dieu, du vrai Dieu ; elle ne veut pas du seul Sauveur, Jésus-Christ, venu « épouser » la nature humaine pour la restaurer dans sa beauté et sa justice initiale, et lui rendre ainsi le bonheur et la vie. Curieux comportement, absurde en soi, de l’homme de « chair et de sang » (Jn.1/13) qui se nourrit, hélas, d’absurdité.
Au sein de ce terrain inculte, imperméable à la rosée divine, une fleur a poussé, vaille que vaille : l’Eglise. Elle a fait croître sa frêle ramure, malgré les épines et les ronces, malgré le sol aride et caillouteux ; elle est parvenue, non sans aléas, a semé les graines de l’Evangile, jusqu’aux frontières du monde. En son sein, des vierges, la fine fleur de son message, le joyau de sa foi, la porte du Royaume ! Il sera en effet, ce Royaume, fondé sur la virginité en vue de l’avènement des fils et des filles de Dieu. La création toute entière soupire après leur venue (Rom.8/19).
« Le Royaume de Dieu est semblable à dix vierges invitées à des Noces. » Les « Noces de l’Agneau » nous dit l’Apocalypse (Ap.19/7-9). Elles sont invitées à ce chaste banquet préparé pour tous ceux qui ont gardé vive la Foi, et ardent l’Amour, malgré tous les obstacles. Elles brillent leurs petites lampes, elles scintillent leurs flammes au sein de ce monde dominé par les ténèbres. Elles les chassent, mais seront-elles assez nombreuses pour éclairer assez ? C’est qu’elles ne sont pas toutes, ces âmes, à la hauteur de la tâche ! Il y a parmi elles des insouciantes, qui vivent sur leur acquis de toujours, - quand elles ne l’oublient pas - sans s’atteler à la quête de l’unique essentiel, cette recherche de la « vérité toute entière » que le Seigneur nous incite à faire, et qui seule nous comblera. « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant… C’est l’Esprit Saint qui vous conduira à la vérité toute entière. » (Jn.16/12-13). Elles n’ont pas pris de réserve d’huile. Et si l’Epoux vient à tarder ? Comment feront-elles ? Elles ne seront pas armées pour tenir !
De fait, l’Epoux tarde. En Israël la fête des épousailles commençait en principe chez l’épousée, avant de se terminer à la maison de l’époux. Il semble bien que ces dix vierges attendent, dans la maison de celui-ci, l’arrivée du cortège nuptial pour les dernières festivités… Elles se sont faites belles et papotent joyeusement, n’en doutons pas ! Les heures passent, et jusqu’à minuit… La fatigue les gagne.
Les vierges de l’Eglise se sont endormies... Généreuses, elles le sont, dévouées, actives… mais ont-elles gardé le sens de leur virginité en vue du Royaume de Dieu ? En vue de la sanctification du Nom du Père ?...
Un cri : « Voici l’Epoux ! il arrive ». Branle-bas de combat. Pendant leur assoupissement les lampes ont vacillé, les mèches fument à peine, il est grand temps de les raviver. Les prévoyantes sont prêtes mais… pas les autres. Elles gémissent : « Donnez-nous de votre huile ! » Trop tard ! « Non ! Allez frapper chez le marchand » Sage prudence ! Partager en ce cas de toute extrémité, c’est risqué l’extinction de toutes les lampes. Qui dès lors serait là pour accueillir l’Epoux ? Le temps a passé, il ne reviendra pas… Il fallait le saisir au bon moment !
Elles vont, ces insouciantes, par les rues de la ville, salir leurs robes blanches, revenir décoiffées et défraîchies. « Je ne vous connais pas » dira le Maître à leur retour. Elles n’ont plus la « tenue de Noces », pas étonnant qu’elles soient évincées du banquet.
Une leçon pour nous, quelque soit notre appel dans l’Eglise. « Maranatha ! viens Seigneur Jésus ! » (Ap.22/20) Deux mille ans déjà que nous lançons ce cri à la suite de saint Jean, et il se fait toujours attendre… Il n’est pas loin des portes sans doute, mais il n’a pas encore frappé... Beaucoup sont tentés de baisser les bras, beaucoup risquent de perdre ce « bon dépôt de la foi » que saint Paul recommandait avec tant d’insistance à son disciple Timothée (2 Tim.1/14) ; certains s’orientent vers une théologie « revisitée »… Attendre sans perdre la vive sève de la connaissance de Jésus-Christ, c’est le défi constant du chrétien. Oui, la patience est bien la plus grande des vertus après la charité…
Gardons vive la lumière qui a brillé en la nuit de Noël sur le berceau du Fils de Dieu. Gardons vif le flash de la résurrection qui a fait rouler la pierre du tombeau, et fait éclater la Justice du Christ. Gardons vif l’amour du Père, et le désir de lui donner des fils et des filles !
Serons-nous prêts au jour du Grand Retour ?
Et si la porte se refermait sous notre nez…
Marie-Pierre