Méditation du 5ème dimanche de Carême – Année C
Jn 8/1-11 : La femme adultère.
Pâques approche : la Grande Pâque du Seigneur ! Et nous entrons dans ce ch.8 de Jean qui contient la grande promesse : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui garde ma parole, ne verra jamais la mort » (Jn.8/51). Voici la mission du Christ : nous délivrer des sentences qui se sont abattues sur nous depuis la transgression originelle (Gen.2/17, 3/16-19). La mort est entrée dans le monde par l’envie du Diable, nous dit le livre de la Sagesse (2/24) ; elle en sortira par notre adhésion pleine et entière à la Parole de Dieu. « Celui qui garde ma parole… » Encore faut-il la connaître et la comprendre pour la mettre en pratique. Long chemin de conversion, pour que rayonne en nous la joie de « Pâques » : notre « passage » de la mort à la vie.
Pour l’heure, Jésus trouve des cœurs indisposés qui cherchent à l’accuser, à surprendre dans sa bouche une parole condamnable. Les filets de l’Adversaire l’environnent, comme le ferait une meute de chiens autour d’une bête traquée.
Or, voici qu’on lui amène une femme, traquée elle aussi. Elle a été surprise en flagrant délit d’adultère. Eh bien, où est l’amant ? S’ils ont été surpris « sur le fait », pourquoi n’ont-ils pas arrêté le fautif ? Jésus perçoit aussitôt l’injustice : c’est la femme – toujours elle ! - qui doit être lapidée alors que monsieur continue de courir les jupons ! Il ne va certainement pas cautionner cette scandaleuse hypocrisie. Tous ces mâles qui crient au meurtre, ne sont-ils pas, dès lors, à ranger du côté du violeur ?
Que dit exactement la Loi de Moïse au sujet de l’adultère ? Ceci : « Si on trouve un homme couché avec une femme mariée, ils mourront tous les deux : l’homme qui a couché avec la femme, et la femme aussi » (Deut.22/22). C’est clair, sans équivoque.
La femme, elle, se tait : elle pourrait crier à l’injustice. Non. Elle assume sa faute, contrainte et forcée certes, craintive face à ses loups aux dents longues. Jésus le voit et saura en tenir compte.
« Que penses-tu de cela ? », lui dit-on. Ce qu’il en pense ? - ce qui est écrit dans la Loi de Moïse, d’abord. Lorsque l’incident survient, Jésus est assis sous les colonnades du Temple et il enseigne, assis sur un petit siège ou simplement un coussin. Alors il se penche et écrit de son doigt sur le sol. Qu’écrit-il ? – Quelques versets sans doute qui accusent Israël, comme ceux d’Isaïe : « Approchez-vous ici… race de l’adultère et de la prostituée ! De qui vous moquez-vous ? Contre qui ouvrez-vous la bouche et tirez-vous la langue ? N’êtes-vous pas des enfants de péché, une race de mensonge ? » (57/3-4). Où sont-ils les adultères dans le cas présent ? Là, au centre du cercle, ou là, autour du cercle ? Oui il les accuse ces hypocrites, qui disent la Loi et pèchent allègrement !
Cependant, on insiste : « Dis-nous ce que tu penses ». – « Eh bien, puisque Moïse ordonne de lapider, lapidez ! … » Réponse logique ; on ne pourra pas le lui reprocher. « Mais que celui qui est sans péché, commence le premier ». Il les fixe ces accusateurs de son regard de feu qui déjà les transperce. Puis à nouveau penché sur le sol, il continue son écriture… ces mots probablement que l’on retrouve dans l’Écriture : « vipères ! sépulcres blanchis ! adultères ! juges iniques ! … » (Mt.23) Que chacun s’examiner… Alors, qui commence ? Il y a là du beau monde, ceux qui sont assis sur la chaire de Moïse : des scribes, les pharisiens… eux qui traitent habituellement la foule de « maudite » (Jn.7/49), qui « chargent les fidèles de fardeaux qu’ils se refusent à eux-mêmes à porter » (Mt.23/4). Ils ont une mentalité d’homicide, car en vérité, ce n’est pas la femme qu’ils veulent lapider, mais le Christ ! La fin du chapitre 8 de Jean le dit sans détour : « Ils prirent des pierres pour le lapider, mais Jésus se déroba, et sortit du Temple ». Voilà ce qu’ils veulent : faire taire celui qui les accuse, qui nuit à leur prestige, à leur autorité ; et derrière cette haine, c’est Satan qui veut éliminer l’auteur de la Vie. Vie et mort se livrent ici un combat sans merci…
Finalement, ils reculent, ils s’en vont. Personne n’a osé braver l’injonction : « Que celui qui est sans péché commence ! … » Ils se connaissent tous, bien sûr, avec leurs travers et leurs fautes… On dirait, en douce : « Quel menteur ! Quel fourbe ! » Alors ils reculent, pour l’instant, pour mieux crier plus tard, lorsque l’occasion sera favorable : « Haro sur le baudet ! Crucifie-le ! » Comme il est difficile de convertir les hommes ! Jésus lui-même n’y parvient pas.
Tous sont partis. Jésus se retrouve seul avec la pécheresse. Traqués tous deux, ils ont entendu les pierres s’écrouler au sol et vu les loups s’en aller. Marie a-t-elle assisté à la scène ? Ni elle, ni Jésus n’ont jeté la pierre, quoique « sans péché ». Quant à cette femme, elle n’a pas plaidé faussement l’innocence, elle assume sa faute : elle ne sera pas condamnée. C’est Jésus qui bientôt sera condamné, victime pour elle et pour tout le peuple…
« Va et désormais, ne pèche plus ». Car elle a péché, Jésus met le doigt sur la faute, un doigt sauveur, un doigt réparateur. Va-t-elle quitté sa voie de luxure ? Espérons… Sa liberté reste entière, Jésus lui-même ne peut y déroger.
Pas plus pour elle, que pour nous…
Marie-Pierre