Méditation du 32ème dimanche du Temps Ordinaire – Année B
Mc.12/38-44 - L’obole de la veuve
« Jésus, j’ai confiance en toi ! » Ainsi pourrait-on résumer, par cette parole donnée à sœur Faustine, pour illustrer son tableau de Jésus miséricordieux, l’assurance de ces deux veuves que nous rencontrons dans la liturgie de ce dimanche : la veuve de Sarepta, et cette veuve du temple de Jérusalem. Toutes deux n’ont plus rien, sinon pour l’une une poignée de farine et un peu d’huile, pour l’autre deux piécettes. On ne va pas loin avec ça, elles le savent. Et la première a un enfant à nourrir ! Cependant elles donnent. Pour l’amour de cet autre qui leur tend la main, pour l’amour de Dieu, elles risquent tout. Elles vont jusqu’au don total, au don d’elles-mêmes. Il faut le faire ! Aurions-nous cette audace ? Elles ont remis leur vie à celui qu’elles aiment ; elles savent, d’une science infuse peut-être, que même si elles viennent à mourir, elles auront fait le bien, et ne perdront pas l’amitié de Dieu.
« Jésus, j’ai confiance en toi ! »
Jésus les aime ces deux femmes. Elles lui ressemblent. Lui aussi va tout donner et se donner lui-même. L’épisode de la veuve du temple se situe quelques jours avant la Passion, au cours de la semaine sainte. Il sait ce qui l’attend. Il les voit ces scribes et ses pharisiens qui se gaussent de lui, tout en feignant la générosité. Hommes doubles, qui s’aiment eux-mêmes au lieu d’aimer Celui qui leur est proche, qui a mille fois montré sa puissance divine, sa relation vitale avec le Père… Mais rien à faire ! Ils n’en veulent pas. Leur cœur est fermé, plus dur que pierre. Quel contraste avec cette pauvre veuve !
Dans le parallèle de Matthieu (ch.23/1s), on voit Jésus s’en prendre à ses maîtres en Israël. Ah, il ne va pas se faire des amis ! Voici qu’il dénonce ouvertement leur fourberie, leur oppression sur les plus faibles. « Malheur à vous ! » leur crient-ils. Ils sont sur une mauvaise pente qui ne peut que les conduire, s’ils persévèrent, à la « Géhenne » : il le dit en toutes lettres (v.33).
Pauvre ville de Jérusalem, tombée entre ces mains criminelles ! Pauvre peuple d’Israël conduit par de mauvais bergers ! Ils vont souffrir encore les petits et les humbles par la faute des puissants. Mais Dieu reconnaîtra les siens, non à leurs larges phylactères, mais à la bonté de leur cœur.
Quant au Seigneur… qu’ils doivent être lourds, pour lui, ces jours qui précèdent la Croix. Il veut encore, malgré tout, dénoncer l’injustice, l’hypocrisie, l’orgueil, tout en sachant qu’il prend ici le fouet qui retombera sur ses membres, qui labourera ses chairs. Il le sait, mais il ne peut dire autre chose que la vérité. Tant qu’il aura un souffle de vie, il condamnera l’iniquité. Et dans son cœur, comme l’a fait cette veuve, il répète cette prière : « Père, j’ai confiance en toi ! » Tout donner par amour, en sachant que l’amour - et c’est Dieu lui-même ! - rend tout : le bonheur et la vie, fut-elle dans l’au-delà.
Au-delà des siècles, elle nous apprend beaucoup cette veuve. Elle a déjà perdu son mari ; ses enfants, si elle en a, apparemment ne l’aide pas ; c’est une indigente, et elle accepte de donner le peu qu’il lui reste… Mais comment fait-elle, humainement parlant, pour tenir le coup ? Elle n’a plus qu’un recours, un seul, et elle le saisit : l’amour de Dieu. Gageons que Jésus, présent à son acte d’amour – à son insu - a su répondre à son attente, par un mot, par un signe de bénédiction. Dans le cœur de cette âme fragile a rejailli la joie et la paix. Dieu, fidèle, a pourvu, n’en doutons pas, à ses besoins élémentaires. Jésus aussi donnera tout, jusqu’à sa vie, et son Père pourvoira à sa résurrection d’entre les morts. « Qui veut sauver sa vie, la perdra, qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile, la sauvera » (Mc. 8/35)
Courage mes amis, nous sommes appelés à suivre le Christ, jusqu’au don total peut-être… Mais notre récompense sera grande dans les cieux (Mt.5/12).
Il faut que la Vérité de l’Évangile triomphe, et qu’est-ce que l’Évangile sinon la bonne nouvelle de Jésus fils de Dieu, donc de la filiation divine retrouvée.
Pour la gloire du Père.
Marie-Pierre