HOMELIE DU IIIème DIMANCHE ORD / ANNEE C
En ce dimanche, nous sommes invités à reconnaitre l’importance de « la parole de Dieu » dans notre vie de foi . Cette parole est au cœur de la mission de Jésus, et de l’Eglise aujourd’hui et constitue la première partie de notre liturgie.
Dans la première lecture (Néhémie 8,2-4a.5-5.8-10), après l’Exil babylonien, ceux qui retournaient au pays trouvaient ceux qui avaient échappé à la déportation. Et ceux qui étaient restés en Israël ne reconnaissaient plus leurs frères et sœurs de retour de l’Exil. Il était alors important de faire l’unité de la nation. Mais comment ? C’est autour de l’histoire commune, de ses origines, du fondement de ses traditions : autour de la Torah, la Loi de base du peuple Juif.
Le prêtre Esdras réunit le peuple sur une place publique, vraisemblablement devant la synagogue. Les hommes, les femmes et les enfants en âge de comprendre sont conviés à cette grande rencontre liturgique. Le prêtre Esdras y fait pour la première fois, depuis le retour de l’Exil, la proclamation publique de la Torah. Du haut de son estrade, il ouvre le livre de la Loi et « bénit le Seigneur » et la foule debout, les mains levées répondaient avec enthousiasme « Amen ! Amen ! » . Depuis le lever du soleil jusqu’à midi tout le peuple écoutait la lecture de la Loi. Le rouleau était écrit en hébreu, alors que désormais le peuple parle l’araméen. Pour permettre à tous la bonne compréhension du contenu de la Torah, les Lévites faisaient la traduction et en expliquaient le sens. La célébration liturgique était devenue un temps de fête, non seulement pour l’unité retrouvée, mais surtout parce qu’avec la Torah, le peuple peut retrouver les moyens de vivre l’alliance avec le Seigneur, et que ce jour Lui est consacré.
Dans l’Evangile (Luc 1,1-4 ;4,14-21), Luc s’adresse à Théophile dont le nom signifie : ami de Dieu. Être ami de Dieu c’est aimer sa parole. La Synagogue, le Sabbat et l’Ecriture sont des réalités juives. C’est dans ce cadre que Luc fait commencer la mission de Jésus, parce qu’elle apparait comme la réalisation des promesses faites au peuple Juif. L’Evangile de ce jour s’inscrit dans le prolongement de la première lecture. Jésus fait figure de nouvel Esdras dès sa première entrée dans la Synagogue après son baptême dans le jourdain. On lui présente le rouleau du prophète Isaïe qu’il déroula pour faire la lecture (Isaïe 61,1-2) . Ce texte qu’il avait lu était probablement lié à la consécration d’un prophète (1R19,16b) . Cette citation fait référence à l’onction de l’Esprit que Jésus avait reçu au baptême, constitue en même temps l’inspiration de son propre ministère et revêt un caractère du discours programme : en Lui, Jésus, les prophéties contenues dans le texte d’Isaïe s’accomplissent. Dieu l’a envoyé comme prophète pour qu’il annonce et réalise, à la différence des prophètes de l’Ancien -Testament, la Bonne Nouvelle du salut qui prendrait la forme des béatitudes. Cette Bonne Nouvelle est présentée et incarnée en Jésus qui parle ; l’annonce devient réalité ; l’Ecriture devient l’Evangile. Et l’aujourd’hui dont parle Jésus est le moment où s’accomplit la promesse messianique du salut. En proclamant cette Bonne Nouvelle, Jésus prend l’option préférentielle du faible et du pauvre ; c’est ainsi que la guérison des maladies en est le vrai signe.Quant à la deuxième lecture ,après avoir appris des divisions dans la jeune communauté de Corinthe au sujet des dons spirituels,( 1 Cor 12,12-14.27) Saint Paul écrit à cette communauté pour remettre de l’ordre. Il reconnait l’importance de ces dons spirituels dans la vie d’une communauté ecclésiale, mais chaque don doit profiter à la communauté dans le respect de la hiérarchie et dans l’ordre. En effet, s’inspirant des différents membres du corps qui jouent chacun un rôle particulier dans ce tout, l’unité du corps , Paul veut canaliser les dons pour maintenir l’unité, car le Christ Jésus n’est pas divisé. Que dirions -nous aujourd’hui du christianisme éclaté en morceaux ? En ce temps où nous prions pour l’unité des chrétiens, que la parole de Dieu qui a rassemblé le peuple d’Israël après l’Exil nous rassemble aussi, que l’Evangile de notre Seigneur Jésus nous façonne ,nous sanctifie et nous unisse en un seul corps qu’est l’Eglise .
Père Denis Marie MUKENDI