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  • SESSION-RETRAITE SPIRITUELLE DE CARÊME

     

    SANCTUAIRE NOTRE DAME DU LAUS

     

    THÈME : 

     

    LA TRINITÉ ET LE MYSTÈRE DE PÂQUES

     

     

     

     

    Lundi  15/03/2021  :

    La Révélation de la gloire de la Trinité dans la Résurrection

     

    Mardi  16/03/2021: Le mystère de la Trinité :

          Paradigme  de l’unité  et de la solidarité de la communauté humaine 

     

     

     

     

     

     

    Père Denis Marie MUKENDI MUAMBA MASANKA

     

     

     

    INTRODUCTION

              Le thème de notre session-retraite est : « La Trinité et le mystère de pâques ». Dès que j’ai eu ce thème, la première question que je me suis posée était de savoir pourquoi seule la Pâques ,dans ce thème, est dite « mystère » et non la Trinité ? Or, avant même de parler de  Pâques ,le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous dit déjà que la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi chrétienne[1].

               Étant donné que la passion et la mort-résurrection de Jésus est la  révélation même de l’amour trinitaire et de la Trinité rédemptrice, j’ai jugé bon de parler d’abord dans cette introduction ,et cela de manière brève , du concept « mystère »[2].Ensuite, j’aborderai pour ce premier jour, la question de La révélation de la gloire de la sainte Trinité dans Résurrection .Enfin, le deuxième jour , je parlerai du mystère de la Trinité : paradigme de l’unité et de la solidarité de la communauté  humaine .

    Que dire  du « mystère » ?

                     Le mystère est perçu comme ce qu’une religion a de plus caché, ce qui n’est connu que des initiés. Par rapport à la foi chrétienne en générale et à la foi chrétienne catholique en particulier, le mystère est la vérité de foi contenue dans la révélation et qui, sans contredire la raison, la dépasse. C’est bien ce que dit le Catéchisme de l’Eglise catholique quant au rapport entre la foi et l’intelligence :

    « Le motif de croire n’est pas le fait que les vérités révélées apparaissent comme vraies et intelligibles à la lumière de la raison naturelle[3]. »

     

                 Le Catéchisme de l’Eglise Catholique souligne le fait que celui qui croit cherche à connaître Celui en qui il a mis sa foi, et mieux comprendre ce qu’Il a révélé . De ce fait ,une connaissance plus pénétrante appellera à son tour une foi plus grande, de plus en plus embrasée d’amour :  

              « La grâce de la foi ouvre ‘’ les yeux du cœur ‘’ (Ep 1,18) pour une intelligence vive des contenus de la Révélation, c’est-à-dire de l’ensemble du dessein de Dieu et des mystères de la foi, de leur lien entre eux et avec le Christ, centre du mystère révélé. Or, pour rendre toujours plus profonde l’intelligence de la Révélation, l’Esprit Saint ne cesse, par ses dons de rendre la foi plus parfaite »[4]

     

             Gabriel Richi Alberti étudiant  « la théologie du mystère » telle qu’elle est comprise par Marie-Joseph LE GUILLOU, y ressort un terme qui est intimement lié au contenu du  mystère chrétien. Il s’agit de la notion de « dessein de Dieu » ou « plan de Dieu ». Le mystère de la foi chrétienne est compris à partir du dessein réel du salut de l’humanité[5]. Dieu révèle son dessein bienveillant en faisant connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine[6]

             Le dessein du salut de l’humanité commence dans les Saintes Écritures à partir de l’Economie de l’Ancien Testament qui avait pour principale raison d’être de préparer l’avènement du Christ Sauveur du monde[7]. Déjà dans l’Ancien Testament, nous y trouvons la théologie de la Sagesse, et la relecture des textes vétérotestamentaires, plus particulièrement ceux qui parlent de la Sagesse de Dieu a permis l’identification de Jésus Christ à la Sagesse par les évangiles. En effet, la foi en Dieu nous amène à nous tourner vers Lui seul en reconnaissant qu’Il est notre première origine et notre fin ultime, et par conséquent Dieu reste et demeure notre unique « Bien », et ne rien Lui préférer ou Lui substituer[8]. L’Incarnation du Verbe de Dieu fait chair, la mort-résurrection de notre Seigneur Jésus et l’œuvre de l’Esprit Saint dans l’Economie du salut de l’humanité, ainsi que les différents témoignages des évangiles et d’autres écrits néotestamentaires, notamment les Actes des apôtres, les différentes lettres et épîtres et l’ Apocalypse sur le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi fondent le discours ‘’chrétien ‘’ sur Dieu. Ce discours n’est rien d’autre que de parler du mystère du Dieu Créateur, de Jésus son Fils notre Sauveur et de L’Esprit Saint, le Paraclet. Sur ce , nous pouvons déjà de manière anticipée  comprendre que la gloire du ressuscité est la gloire de la Trinité.

     

    1. LA REVELATION DE LA GLOIRE DE LA TRINITÉ DANS LA RESURRECTION

     

    1 .1 – Rappel des controverses sur l’identité du Fils de Dieu et sur  l’Esprit Saint

     

             La doctrine trinitaire a acquis sa forme grâce à l’apologie des pères de l’Eglise, engagés dans la défense contre les hérésies dangereuses qui remettaient en question l’unité du Christ avec Dieu, la divinité du Fils, comme celle de l’Esprit. L’arianisme et le sabellianisme qui rejetaient la divinité du Fils ont provoqué l’élaboration d’une doctrine explicite de la Trinité.

               Ainsi, nous comprenons que le dogme de la Trinité s’est développé à partir de la Christologie.Il sert à sauvegarder la foi au Christ, Fils de Dieu et à redresser l’espérance plénière du salut dans la communauté avec Dieu [9]

     

    Quelques hérésies

     

    • Le subordinatianisme

     

               D’après ce courant, le Fils, le Logos n’est pas exactement de la même substance que le Père, il lui est subordonné. Cela vaut aussi pour l’Esprit Saint considéré comme subordonné du Fils. Selon cette Christologie pneumatique, ce n’est pas le Fils éternel du Père qui s’est incarné en Jésus, mais c’est l’Esprit de Dieu qui a élu sa demeure en lui.

    En effet, Jésus a enseigné et agi comme un homme rempli de l’Esprit. Il était adopté par l’Esprit comme fils de Dieu, pour devenir le premier-né d’une multitude des frères. Et, c’est lors de son baptême que Jésus, un homme comme tout homme, a été adopté comme Fils de Dieu[10].

     

              -Le modalisme

     

               Le Subordinatianisme christologique apparaît aussi sous-forme du modalisme : pour ce courant hérétique, c’est le seul et même Dieu qui apparaît pour nous, sous la forme du Fils, mais sans avoir de réalité existentielle différente de Dieu. C’est le monothéisme chrétien qu’on trouve chez Sabellius.

     

             -L’Arianisme

     

             L’arianisme, doctrine hérétique du nom de son auteur Arius d’Alexandrie et disciple de Lucien d’Antioche, est un subordinatianisme radical. D’après Arius, Dieu est unique et l’unique n’est pas communicable. Pour lui, le Fils est temporel, et il sert de modèle pour tous les autres êtres créés. Jésus est donc le premier -né, la créature première, mais non pas le Fils unique. Arius rejette la génération éternelle du Fils, car pour lui, l’un est la cause du multiple et sa mesure, mais il est lui-même sans cause. Le Dieu un est par conséquent la cause sans cause. Mais parce qu’il est indivisible, l’un est aussi inexprimable[11].Pour  mettre fin à cette crise qui avait créé une grande division dans l’Église, l’Empereur Constantin, converti au Christianisme, avait convoqué le Concile de Nicée en 325 . Ce Concile devait répondre à la question de la vraie nature de Jésus : Jésus est-il Dieu depuis toujours ?  Le concile de Nicée répond à cette question en affirmant la génération éternelle du Fils et sa nature divine :  Le Fils est de la même nature que le Père ,c’est-à-dire qu’il est de la substance du Père, il est Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière ,vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré, non pas créé. En effet, le Fils est consubstantiel au Père : omoousios .

    1. MOLTMANN, dans son livre intitulé « Trinité et Royaume de Dieu» déclare : « La doctrine de la Trinité n’est donc pas une spéculation. Elle est plutôt la présupposition théologique de la Christologie et de la Sotériologie »[12] , c’est-à-dire une présupposition théologique qui concerne le salut de l’âme par le Christ Jésus. Et l’événement fondateur de la foi en la vie éternelle est la mort – Résurrection de Jésus, le Messie. Qu’en est-il alors de la Trinité et du dessein du salut ?

     

    1.2. La Trinité et le dessein du Salut

     

             Le catéchisme de l‘Eglise Catholique précise en quoi consiste la foi chrétienne : « Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Il est le mystère de Dieu en Lui-même. Il est la source de tous les autres mystères de la foi, lumière qui les illumine. Il est l’enseignement le plus fondamental et l’essentiel dans la hiérarchie des vérités de foi [13] ». Les chrétiens sont baptisés « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (Mt 28, 19).

    Il n’y a pas trois dieux, mais il n’y a qu’un seul Dieu, le Père Tout Puissant et son Fils Unique et l’Esprit Saint. La foi de tous les chrétiens repose sur ce mystère de la Très Sainte Trinité. C’est ainsi que, parlant de Trinité doxologique, J.MOLTMANN affirme que la trinité économique désigne le Dieu trinitaire dans son plan de salut, qui le révèle [14]. Mais comment la Trinité se révèle le jour de Pâques ?

     

             Jean – Michel Castaing reconnaît que la Pâques est le moment décisif où se révèle l’intimité trinitaire de Dieu. La mort-Résurrection est événement qui constitue un aller et retour du Fils, dans l’Esprit, entre le monde et la maison du Père. La Croix anticipe la Résurrection en ce qu’elle atteste la communion du Fils avec le Père qui sera pleinement réalisée au ciel, après la victoire de Jésus sur la mort. Puisque Jésus est sorti hors du Père, après avoir réalisé la rédemption de l’humanité par le Sacrifice de sa vie, il retourne vers le Père. Ainsi, la Pâques du Fils de Dieu est à envisager dans l’optique d’une théologie trinitaire. Car, la Croix est un événement trinitaire. Le Fils vit sa passion sur la Croix dans l’Esprit. C’est par l’Esprit éternel que le Fils éternel s’offre au Père sur le calvaire. L’Esprit Saint, troisième Personne de la Trinité est envisagé par Jean-Michel Castaing à la fois comme le mouvement extatique de Dieu, le mouvement par lequel Dieu sort de Soi vers l’extérieur, mais aussi l’intimité de Dieu « le lien d’amour » du Père et du Fils, leur union personnelle [15] . C’est par amour pour nous que Dieu a laissé son Fils vivre la croix. Dieu est amour, le Père est l’amour qui crucifie, le Fils est l’amour crucifié et l’Esprit Saint est la puissance invincible de la Croix.

    La croix se trouve donc au centre de la Trinité, car on ne peut pas penser la Trinité, comme le dit J-MOLTMANN, sans l’agneau, sans le Sacrifice de l’amour, sans le Fils crucifié. C’est bien lui l’agneau immolé qui est éternellement glorifié. Dans la passion du Christ s’effectue la livraison du Fils par le Père. La forme de la Trinité qui se révèle dans la livraison du Fils se présente ainsi :

              -Le Père livre son propre Fils à la mort absolue pour nous.

              -Le Fils se livre lui-même pour nous.

              -Le sacrifice commun du Père et du Fils s’effectue par l’Esprit Saint,

               Qui relie et unit le Fils dans son abandon avec le Père.[16]

     

              C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre la question douloureuse du Christ : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 22). A cette question douloureuse qui est en même temps une prière, succède la remise confiante de son esprit entre les mains de son Père : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23,46). C’est en priant avec le Psaume 31,6 que le Fils remet son esprit dans les mains de son père qui est le décideur de la Rédemption. Comme le dit René LAURENTIN, le Père a envoyé son Fils manifester l’amour divin aux hommes, enlisés dans le péché, l’aveuglement et l’ingratitude. C’est de lui que par le don divin, total et sans réserve, en toute communion et compassion. Selon la volonté du Père, le Fils est l’agent visible et réalisateur de la Rédemption sur la terre.[17]

     

            Aussi, faut-il le souligner, la Résurrection opérée dans et par l’Esprit, en tant que communion céleste du Père et du Fils, constitue-t-elle la parfaite manifestation de la vérité essentielle de la croix où les deux Personnes divine restaient si étroitement unies, quoique dans des conditions très différentes.

             Envoyé par le Père et le Fils, l’Esprit Saint manifeste son dynamisme et sa nouveauté, depuis la Pentecôte. Il anime les institutions créées par le Christ, y infuse sa vie et son dynamisme par la lumière, inspirations et motions cohérentes. Le Paraclet vivifie la hiérarchie : le successeur de Pierre ‘’ le Pape’’, les évêques et les prêtres, mais aussi les laïcs, chacun dans ce qu’il a reçu comme don de la grâce en vue de l’édification de communauté.[18]

     

              1.3. La gloire de la Trinité dans la Pâques

     

              Le thème central de notre session-retraite est « La Trinité et le Mystère de Pâques ». Ce que je viens de dire ci-dessus sur « la Trinité et le dessein du salut » prouve à suffisance que la Rédemption est l’œuvre de la Sainte Trinité. Jean – Michel Castaing l’exprime en ces termes : « L’échec de Jésus crucifié constitue paradoxalement la victoire absolue : Jésus est allé au bout de l’amour désintéressé sans renier son Père. Il est sa vérité, la Révélation du Père dont l’amour nous a livré ce qu’Il a de plus cher : Son propre Fils. De même qu’il n’existe qu’un seul Dieu en trois personnes, de même n’existe-t-il qu’un seul amour, celui du Père, du Fils et de l’Esprit. Leur unité éclate autant sur la Croix qu’à la Résurrection : telle est l’une des plus importantes révélations contenues dans l’événement pascal »[19].

     

              De ce que qui précède, la Résurrection de Jésus est la victoire et la gloire de la Trinité. Mais, comment se révèle la gloire de la Trinité dans la Pâques ? Nous allons répondre à cette question en nous servant de ce que saint Jean-Paul II a dit dans l’audience, celle publiée dans « La croix »   du 10/04/ 2013 :

             - Saint Jean-Paul II part du récit de la Résurrection, la première apparition qui a eu lieu à Jérusalem encore plongée dans la faible lumière de l’aube. Une femme, Marie de Magdala, et un homme se rencontre à l’intérieure d’une aire qui sert de cimetière. En un premier temps, la femme ne reconnaît pas l’homme qui s’est approché d’elle. C’est pourtant Jésus de Nazareth qu’elle a écouté, celui - là même qui a transformé sa vie. Pour le reconnaître, dit saint Jean-Paul II, un autre canal de connaissance, différent de celui de la raison et des sens, est nécessaire. C’est la voie de la foi, qui s’ouvre quand elle s’entend appelée par son nom (Jn 20,11-18). Le Ressuscité dit à la femme : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17). En disant « mon Père », le Christ souligne qu’il a à son égard un lien spécial et unique, distinct de celui qui existe entre le Père et les disciples : « votre Père ». Jean, dans son Évangile emploie le terme grec « hyios » qui indique la filiation divine, plénière et parfaite, du Christ. Tandis que pour faire référence à notre être de fils de Dieu d’une manière réelle mais dérivée, Jean utilise le terme dérivé « tékna ».

     

              -La deuxième scène que Saint Jean – Paul II a évoqué est celle qui s, est passée au nord de la Galilée, sur une montagne. Une autre christophanie a eu lieu au cours de laquelle le ressuscité se révèle aux apôtres (Cf. Mt 28,16-20). Il s’agit là d’un événement solennel : révélation, reconnaissance et mission. Ici, le Christ confère à l’Eglise le mandat d’annoncer l’Evangile, de baptiser et d’enseigner à vivre selon les commandements de Dieu. Et, c’est la Trinité qui apparaît dans ces paroles essentielles avec lesquelles sont baptisés ceux qui accueillent Jésus et s’engagent par cet acte solennel pour faire  partie de la grande la famille des enfants de Dieu : «Allez ! de toutes les nations faites des disciples ,les baptisant au nom du Père et du Fils et du saint Esprit »(Mt 28,19) En effet, le baptême reçu au nom de ce mystère central de notre foi donne les biens qui sont :la nouvelle naissance ,le renouveau ,l’immortalité, l’ incorruptibilité ,l’impassibilité ,l’immutabilité ,la libération de la mort ,de l’esclavage  et de tous les maux ,la jouissance  de la liberté et la participation aux biens futurs et sublimes .

     

               -La troisième scène est celle qui concerne l’enseignement de Jésus, alors qu’il parcourait les routes de la ville sainte. Au cours de la fête  Juive des Tentes, en automne, il proclame : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive ! comme dit l’Ecriture :’’des fleuves d’eau vives jailliront de son cœur » (Jn 7,39). Le temps de la glorification de Pâques, et avec elle le don de l’Esprit Saint se fera certainement à la Pentecôte, mais Jésus, de manière anticipative le réalise pour ses Apôtres au soir même de la Résurrection. Apparaissant au cénacle, il souffla sur eux en disant « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22).

              -Le Père et le Fils sont donc unis à l’heure de la Rédemption. C’est ce qu’affirme saint Paul dans sa lettre aux romains : « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8,11)

     

               Pour être sauvé et participer à la joie et à la gloire de la Résurrection, il faut remplir cette condition que donne saint Paul dans sa lettre aux Romains : « Si de ta bouche tu affirmes que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé » (Rm 10,9).

     

               Le saint Jean -Paul II finit en disant : « A la nature trinitaire de l’événement pascal correspond l’aspect trinitaire de la profession de foi. En effet, personne n’est capable de dire «  Jésus est Seigneur » sans l’action de l’Esprit Saint (1Co 12,3). Et celui qui le dit, le dit « à la gloire de Dieu le Père » (Ph2,11).

     

    IIème JOUR : mardi 16 mars 2021

     

    1. LE MYSTÈRE DE LA TRINITÉ : PARADIGME DE L’UNITÉ ET DE LA SOLIDARITÉ DE LA COMMUNAUTÉ HUMAINE

     

    2.1. Les maux « mal » du monde actuel.

     

     Dans sa dernière lettre Encyclique « Fratelli tutti », le Pape François commence le premier chapitre par un constat sombre du monde actuel, dans ce qu’il a appelé « les ombres d’un monde fermé » : - les conflits locaux, le désintérêt pour le bien commun instrumentalisés par l’économie mondiale pour imposer un modèle culturel unique.

    - Une politique qui est davantage fragilisée vis-à-vis des puissances

       économiques transnationales qui appliquent le « diviser pour

       régner »,

             - Le déconstructionnisme et la colonisation culturelle (n°13)

             - La marginalisation mondiale (n°18)

             - Le racisme (n°20)

             - L’esclavage (n°24)

             - Le non-respect de la dignité humaine

             - Les inégalités et injustices sociales (n°22)

             - Le non-respect des droits humains (n°22)

             - La crise de la solidarité (n° 114-117)

      etc.

     

     

    Au regard de ce tableau sombre peint par  le Pape François, il y a de quoi repenser l’unité et la solidarité humaine à la lumière de la Sainte Trinité. D’où, le thème de ce jour : « Le mystère de la Trinité : paradigme de l’unité et de la solidarité de la communauté humaine ».

             René Laurentin, dans son livre « traité sur la Trinité. Principe, modèle et terme de tout amour » met en relief le fait que la Trinité peut servir de lumière sur l’homme et la société[20]. L’homme, dit-il, est un reflet social de Dieu. Et cela met en pleine lumière la dimension sociale de l’homme : famille, société naturelle, genre humain, organiquement crée par Dieu à son image (Gn 1, 27).

     

              Ce texte de la création et de l’origine divine de l’homme touche à l’ontologie même de l’être humain. Il nous faut prendre conscience de notre vocation à l’unité, et cette unité était enseignée dès l’Ancien Testament, en des termes magistraux qui n’ont pas vieilli et qui sont l’antidote éternel contre tout racisme, car Dieu a fondé l’avenir de l’humanité sur la vocation de l’homme à l’amour [21], et c’est sur base de l’amour que l’unité du genre humain se construit pour fonder des familles et des civilisations.  En effet, René Laurentin révèle la mission de l’Eglise. Pour lui, l’Eglise fut fondée par le Christ pour recréer le monde en Dieu, dans l’amour, au-delà de la haine et de l’égoïsme, pour sauver l’homme par l’amour éternel [22] .

     

             2.2. La Trinité : Fondement de l’unité de la communauté humaine

     

               Dans l’Ancien Testament, Dieu se révèle comme Dieu de l’Alliance avec l’humanité, c’est-à-dire le Dieu qui veut s’associer tous les êtres humains (Gn 9). En choisissant le peuple d’Israël et en scellant l’Alliance avec ce peuple qui représente l’humanité, Dieu veut réunir, de manière symbolique tous les peuples de la terre, en un seul peuple de Dieu, dans une humanité unique, rachetée et devenue une communauté messianique. Cette communion que Dieu veut avec l’humanité exprimée par la figure de l’Alliance, est intériorisée dans le cœur de chaque personne. Pour Léonardo Boff, la communion cherche l’intimité et la liberté du cœur humain et non seulement son expression sociale et politique [23].

     

             Les textes du Nouveau Testament- chez Saint Paul, Saint Jean et dans les Actes des Apôtres- nous trouvons des passages qui expriment le mieux « Dieu-communion ». Être en Christ et dans l’Esprit, vivre dans l’Esprit, vivre avec le Christ et avec l’Esprit constitue la grande communion avec le Père. (Cf 1Jn 1, 3).

     

             Saint Paul nous propose deux chemins de communion : la foi et l’Eucharistie. Par la foi, nous sommes unis au Seigneur ressuscité : on vit avec lui, on meurt avec lui, on ressuscite avec lui, on est assis dans la gloire avec lui (cf. Rm 6, 6 ; 8, 17 ; 2Cor 7, 3 ; Ga 2, 19 ; Col 2, 12 ; 3, 1 ; Ep 2, 6 ; 2 Tm 2, 12).

    Par la communion au Christ commence une communauté de vie et de destin avec lui, jusque dans la souffrance (Ph 3, 10).

     

             La communion s’approfondit dans l’Eucharistie. En communiant au Corps du Seigneur ressuscité, la communauté devient le Corps du Christ (Cf. 1 Cor 10, 16-18 ; Rm. 12, 5). La communion avec le Christ signifie aussi communion avec l’Esprit du Christ, saint Paul finit sa deuxième  lettre aux Corinthiens avec ces souhaits : « La grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu,  et la communion du Saint Esprit soient avec vous tous » (cf. 2 Cor 13, 13).

     

             Saint Jean quant à lui, la communion dans laquelle le Christ nous introduit est celle qui fait de nous un, comme le Christ et le Père ne font qu’un. (Jn. 17, 21). Saint Jean exprime aussi cette communion par les verbes « être dans » et «  demeurer dans » le Christ (cf Jn 14, 20 ; 15, 4).

     

             La communion avec le Père, le Fils et le Saint Esprit se traduit en communion fraternelle (cf. 1 Jn 1, 1 – 3).

     

             Comme l’affirme Léonardo Boff, « la communion est la dimension de base de l’anthropologie, de l’ecclésiologie et de l’action politique des chrétiens » [24].

     

             Que signifie alors « Dieu est communion » ?.

     

             Dieu est communion exactement parce qu’il est une Trinité de personnes. Il y a trois personnes et une seule communion, une seule communauté trinitaire. La formule la plus correcte pour représenter le Dieu chrétien est celle de la Trinité. En parlant de Dieu, nous devons continuellement signifier, le Père, le Fils, le Saint Esprit en présence l’un de l’autre, en totale réciprocité, dans l’immédiateté de relations aimantes, l’un étant pour l’autre, par l’autre, dans l’autre et avec l’autre. Aucune personne divine n’existe pour elle seule. Elles sont toujours et éternellement des personnes en relation[25]. « Les personnes existent comme personnes en raison de leurs relations éternelles les unes avec les autres. L’unité trinitaire est constituée par ces relations » [26] . Jean souligne cette unité quand il dit la prière de Jésus pour l’unité de la communauté humaine représentée de manière symbolique par les apôtres, par l’Eglise priante : « Que tous soient un, comme toi, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous …pour qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient parfaitement un » (Jn 17, 21 – 23)

     

             2.3. Foi Trinitaire et Solidarité humaine

     

             Partant du mystère de la Trinité, dans la mesure où Dieu est essentiellement un amour qui se communique et établit une communion, la société humaine est appelée à s’en inspirer afin de bâtir une société où tous sont frères dans l’amour fraternel. Voilà pourquoi Léonardo Boff dit : « l’unité Sociétaire qui existe dans la Trinité fonde l’unité humaine, celle-ci est insérée dans celle-là.  Les personnes ne sont pas détruites mais rendues plus fortes. L’unité est constituée à partir des personnes, soit dans la Trinité, soit dans l’humanité, car les personnes sont essentiellement des relations. L’union qui existe entre les personnes et dans la communauté humaine préfigure l’union qui existe dans la Trinité »[27].

             Ramon Martinez de Pison, dans son livre « Dieu est unique mais non solitaire. Vie trinitaire et transformation humaine », déclare que « la foi trinitaire doit inspirer non seulement notre transformation humaine, mais aussi notre agir, notre engagement. Elle n’est pas pour nous seulement un mystère de contemplation, détaché de toute incidence dans la vie réelle. La Trinité est déjà, en elle-même, expression et source de solidarité qui doit se manifester aussi dans nos rapports humains » [28].

     

             En invitant l’humanité à la fraternité et à l’amitié Sociale, le Pape François en mis en exergue la valeur de la solidarité. Perçue et comprise comme vertu morale et attitude sociale, fruit de la conversion personnelle, la solidarité exige un engagement d’une multiplicité de sujets qui ont une responsabilité de caractère éducatif et formateur. En effet, ce rôle d’éducateurs et de formateurs à la solidarité humaine revient en premier aux familles. Elles constituent le premier lieu où se vivent et se transmettent les valeurs de l’amour, de la fraternité, de la convivialité, du partage, de l’attention et du soin de l’autre [29].

     

             « Le Dieu des chrétiens et des chrétiennes est avant tout un Dieu Solidaire. En conséquence, la foi trinitaire comporte des exigences libératrices au niveau social : la libération personnelle, qui ouvre à Dieu et qui nous fait devenir pleinement humains, implique aussi une ouverture aux autres avec lesquels nous communions à la Trinité divine. Nous sommes appelés à créer une solidarité qui soit l’expression de personnes devenues des fins et des moyens à utiliser selon des intérêts divers. C’est une solidarité dont la société devrait être un reflet et où l’autorité assure la sauvegarde de la liberté…. »[30] Et, les implications libératrices de la révélation trinitaire au niveau social prennent appui sur la dignité de la personne humaine.

             S’inspirant de la périchorèse qui résume l’essentiel de la nature trinitaire comme de l’unité des natures en Jésus, Dieu-homme, Léonardo Boff renchérit en ces termes : « De la périchorèse – communion des trois personnes divines, découlent des impulsions de libération pour chaque personne humaine, pour la société, pour l’Eglise et pour les pauvres, en un double sens : critique et constructif. La personne humaine est invitée à dépasser tous les mécanismes de l’égoïsme et à vivre sa vocation de communion. La société offense la Trinité en s’organisant sur l’inégalité et elle l’honore dans la mesure même où elle favorise la participation et la communion de tous, en faisant naître la justice et l’égalité entre tous.

    L’Église est d’autant plus sacrement de communion trinitaire qu’elle dépasse les inégalités entre chrétiens et les divers services et qu’elle comprend et vit mieux l’unité comme co-existence de la diversité.

    Les pauvres rejettent leur pauvreté comme péché contre la communion trinitaire et voient dans les relations entre les personnes divines différentes, le modèle d’une société humaine basée sur la collaboration de tous, sur pied d’égalité, à partir des différences de chacun et en donnant naissance à une formation sociale fraternelle, juste et égalitaire »[31].

     

    2.4. La Trinité et l’écologie

     

             Le scandale de la destruction méchante de la nature par l’être humain et la crise écologique qui en découle a fait l’objet de la lettre Encyclique « Laudato Si » de Pape François. Il y aborde la question de l’interdépendance des créatures, citant en effet, le Catéchisme de l’Eglise Catholique : « L’interdépendance des créatures est voulue par Dieu. Le soleil et la lune ,le cèdre et la petite fleur, l’aigle et le moineau :le spectacle de leurs innombrables diversités et inégalités signifie qu’aucune des créatures ne se suffit à elle -même. Elles n’existent qu’en dépendance les unes des autres pour se compléter mutuellement au service les unes des autres »[32]

     

              La création est un produit de l’amour du Père ,et elle est l’œuvre de la Trinité.Si le Père crée le monde en son amour pour le Fils, Il crée le monde aussi par lui. Le Père crée le monde à partir de son amour éternel par le Fils en vue d’une réponse temporelle à son amour dans la force de l’Esprit Saint ,qui unit ce qui est différent. J. Moltmann montre clairement comment la création est l’œuvre de la Trinité : « Dans la création,dit-il,toute l’activité procède du Père .Mais comme le Fils en tant que Logos et l’Esprit Saint en tant que force y ont part ,chacun à sa façon mais également, la création doit être attribuée à l’unité  du Dieu trinitaire »[33]. La création est et restera pour toujours unie au mystère de la vie ,de l’amour et de la communion du Père ,du Fils et de l’Esprit Saint. C’est pour cela que saint Paul affirme que : « La création aspire de toutes ses forces à voir la révélation des fils de Dieu »(Rm 8,19) .

     

               Chers frères et sœurs ,les bien aimés dans le Christ-Jésus, si nous voulons bâtir une société humaine où il fait beau vivre ,construisons- la sur les bases solides de la justice sociale ,de l’amour, de la solidarité et de la fraternité. Inspirons-nous du mystère de la Trinité où tous ne font qu’un.

     

    [1] . Le Catéchisme de l’Eglise Catholique,n°234.

    [2] . Pour ce qui concerne le concept « mystère »,nous nous sommes servis du livre de GABRIEL RICHI ALBERTI, Théologie du mystère,éd Parole et silence,France,2012.

    [3] . Catéchisme de l’Eglise Catholique ( Désormais « CEC »)n° 156.

    [4] CEC n° 158.

    [5] . Cfr Gabriel Richi ALBERTI, Théologie du mystère. La pensée théologique de Marie-Joseph Le Guillou, dans Parole et Science, p.84.

    [6] . Cfr CEC n° 51.

    [7] . Cfr CEC n° 122.

    [8] . Cfr CEC n°229.

    [9] . Cf. J. MOLTMANN, Trinité et Royaume de Dieu, Paris, Cerf, 1984, P.165.

    [10] . Cf. Ramon Martinez de PISON, Dieu est unique, mais non Solitaire. Vie trinitaire et transformation humaine, Madiaspaul, 2007. 164 ; J. MOLTMANN Op.cit., P.169

    [11] . Cf. Ramon Martinez de PISON, Op.cit. ; P166 ; J. MOLTMANN Op.cit., P.169

    [12] . Cf. J. MOLTMANN, P.166

    [13] . CEC, N°234.

    [14] . Cf. J-MOLTMANN, P.193.

    [15] . Jean-Michel Castaing, Comment la Trinité se révèle le jour de Pâques ? Dans le Pèlerin, 20/04/2020.

    [16] . Cf. J. MOLTMANN, Op. Cit., p.110.

    [17] . Cf. René LAURENTIN, Traité sur la Trinité. Principe, modèle et terme de tout amour, Paris, Fayard,2000, p.254.

    [18] . Cf. Ibid., p.255-256.

    [19] . Jean-Michel Castaing, op.cit.

    [20]. René LAURENTIN, Op. cit, P.295.

    [21]. Cf. Ibid., P ; 295 .

    [22]. Cf. Ibid., P296.

    [23]. Cf. Léonardo BOFF, Trinité et Société, Paris, cerf, 1990.

    [24]. Cf. Ibid, P. 156

    [25]. Cf. Ibid., P. 157

    [26]. Cf. Ibid., P. 157

    [27]. Ibid., P. 158

    [28].  Ramon MARTINEZ de Pison, Op.cit., P. 245

    [29]. Cf. Pape FRANCOIS, Fratelli tutti, n° 114-117

    [30]. Ramon MARINEZ de Pison, Op. cit, P. 245

    [31]. Léonardo BOFF, op.cit., P. 278

    [32] CEC n° 340, cité par Pape FRANCOIS, Laudato Si ,n° 86.

    [33] . J.MOLTMANN,Op. Cit.,p.147.


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